L'illustrateur Badass !

  • 1) Sylvain, pourrais-tu tout d'abord nous expliquer ton parcours ?
  • J’ai une formation de cinéma d’animation 3D, réalisée à Toulouse dans une école désormais rachetée par l’ESMA. À la suite de mes études, j’ai exercé durant deux ans dans une société d’architecture afin d'y réaliser des films et des images 3D de plusieurs projets immobiliers. J'ai ensuite pris le parti de me lancer en indépendant pour travailler sur mes projets de bandes dessinées et sur diverses commandes liées à l’illustration. Vraisemblablement sensibilisé pendant mon passage dans l’architecture, je me suis découvert un intérêt particulier pour la lumière, la mise en scène et les ambiances, ce qui s’est ressenti dans mon portfolio. Cela m'a ainsi permis d’avoir de plus en plus de propositions liées à la recherche artistique d’environnements.
  • 2) Quelles sont les difficultés que tu as rencontrées au lancement de ton activité, courant 2009 ?
  • Je ne peux pas vraiment dire que j'ai rencontré de véritables difficultés lors de mon lancement. Effectivement, j'ai bénéficié d'une période de chômage très correcte, à la suite d'un licenciement économique, ce qui m'a bien aidé lors de cette période de transition. J'ai ainsi pu collaborer avec plusieurs personnes afin de monter le studio, prendre le temps de réfléchir aux statuts, à la stratégie, à l'emplacement, etc. Pour autant, il faut savoir faire preuve de patience, sans quoi la constitution de la base de données clients, les démarches administratives, la mise à jour du porfolio (…) peuvent paraître longues et fastidieuses.
  • 3) Pour quelles raisons as-tu choisi d'intégrer l'atelier collaboratif « Spark », à Toulouse ?
  • Il faut déjà comprendre que Spark est un atelier mutualisé entre graphistes, vidéastes et créatifs indépendants. Le but étant avant tout de partager les locaux tout en créant des synergies ou axes de réflexions au travers de retours d'expérience. C’est l'un des points que je recommanderais en priorité aux professions freelances. Partager un environnement de travail, et échanger avec d'autres, permet de bénéficier de nombreux feedbacks et d’avoir une vision élargie des différentes méthodes de travail de chacun. Le co-working créé de véritables avantages et de bonnes émulations, et il me semble important de pouvoir en profiter.
  • 4) En octobre 2014, tu lances un financement participatif via ulule.com pour pour ton album « Cartoon Badass ». Ce projet a atteint 163% de l'objectif fixé et récolté 11 473 €. Comment expliques-tu cet engouement ?
  • J'ai involontairement visée une niche assez virale de la culture par sa parodie. Sur le net, les gens ont tendance à rester dans leur zone de confort en terme de curiosité, ce qui a, d'après moi, permis à ce projet d'atteindre aisément la cible geek. L'idée d'aller à contre courant de l'identité propre des personnages que j'ai remixés, et qui sont facilement identifiables par une génération, a créé cet engouement sur lequel j'ai perdu tout contrôle.
  • 5) [Instant PUB] : Quels sont tes prochaines actualités sur les mois à venir ?
  • Alors, j'ai quelques « petits » changements actuellement … Je mets temporairement en pause mon statut d'illustrateur indépendant car je vais aller travailler pour le studio Rocksteady, durant 6 mois, à Londres. Il s'agit du studio qui est, notamment, à la conception des derniers « Batman » (Arkham Asylum, Arkham City , Arkham Knight). Je m'y rends car je souhaite voir ce que ça fait d'être au prémisse de ce genre de projets, ainsi que de travailler pour une très grosse structure comme celle-là. Je ne peux pas en dire davantage sur le projet qui m'y sera confié, mais je pense que ce sera une très belle aventure.
  • 6) Pour quels segments d'un jeu vidéo pourrait-on faire appel à un illustrateur / graphiste, et comment se faire repérer par une société de production ?
  • Il y a un peu deux questions en une ! Je vais commencer par la dernière, à savoir comment se faire repérer : l'activité sur internet est extrêmement importante, notamment au travers de certains sites pour les métiers de l'illustration. Je conseille donc de s'y trouver, tant pour montrer son travail que pour échanger à l'échelle nationale et internationale. Ces sites sont : Behance, ArtStation, DeviantArt. De plus, je ne peux que conseiller aussi de se démarquer, et de ne pas vouloir refaire ce qui a déjà été fait (sauf si vous souhaitez un poste purement d'exécutant). Ensuite, concernant le segment : cela dépend complètement du type de projet. C'est à dire que l'on a souvent besoin des illustrateurs lors de la démarche de réflexion, au prémisse du jeu, afin d'esquisser les niveaux, les personnages, les environnements, les détails, etc. Mais l'on a aussi besoin d'eux lorsque qu'un jeu 2D ou mobile part en production, pour la réalisation des décors ou encore pour le design des interfaces utilisateurs.
  • 7) Enfin, le conseil du Chef : Quels conseils formulerais-tu à un jeune diplômé en graphiste 2D/3D quant à son lancement d'activité en tant qu'indépendant ?
  • Alors tout d'abord, j'aimerais préciser que je pense ne pas trop mal m'en sortir (de ce statut d'indépendant) parce que j'ai fait 2 ans de salariat auparavant. Et je pense que c'est important de passer par cette phase de salariat avant de se lancer, afin de comprendre les méthodes de travail, les échanges professionnels, bref, toutes les techniques environnementales de cette profession. Une chose est sûre, c'est très difficile d'avoir une vision élargie du monde de l'entreprise après sa sortie d'école donc il vaut mieux en passer par là. Et l'autre point, peut-être même le plus important : il faut savoir communiquer autour de son travail. L'on peut être le meilleur illustrateur au monde, mais si personne ne vous connaît, ça ne sert à rien. Les gens ne vont pas venir spontanément vers vous si vous n'êtes pas trouvable sur la toile.