Y'a pas que la vraie vie dans la vie !

  • 1) Mathias, tout d'abord, que peux-tu nous dire de ton parcours pour ceux qui ne te connaîtraient pas encore ?
  • Bien sûr ! Mathias Lavorel, j'ai 43 ans, et je travaille dans le milieu du jeu vidéo depuis une dizaine d'années environ. J'ai un parcours chaotique … éclectique, enfin pas vraiment cohérent. J'ai eu un BAC scientifique aux forceps, que j'ai enchaîné par des études de prof de gym. J'ai donc un BAC +4 qui ne m'a jamais servi. Puis j'ai traîné dans le milieu de l'informatique, en faisant du dépannage online, ainsi qu'un peu de formation, jusqu'à finalement débarquer dans le milieu du jeu vidéo. J'ai rencontré Marcus qui m’a fait rencontrer les bonnes personnes pour travailler en tant que pigiste chez Micromania et pour une émission de télé (le Hit des Jeux sur MCM) pour laquelle j'écrivais des textes. Plus tard, j’ai travaillé en tant que journaliste dans le jeu vidéo (sans jamais en avoir ni la carte, ni les droits !). C'est drôle, parce qu'adolescent, même si j'adorais les jeux vidéo, rien ne me prédisposait à travailler dans cet univers… Game One était pour moi comme un Graal, quelque chose que je ne pourrais jamais atteindre ! Hormis cela, je suis un fou furieux des séries télé : j'aime bien qu'on me raconte des histoires, et aujourd’hui, c’est là que la création est la plus audacieuse, la plus inspirante, la plus bouillonnante. Bon, le jeu vidéo nous raconte aussi de très belles histoires, et lui, en plus, a la gentillesse de nous faire participer la manette à la main… ça n’a pas de prix.
  • 2) Tu as occupé un poste de pigiste pour Micromania durant plus de 8 ans. Mais concrètement, un pigiste, il fait quoi de ses journées ?
  • Alors, c'est un peu comme le sketch des inconnus : il y a le bon pigiste, et le mauvais pigiste ! Le second, c'est le branleur de base, vraiment. Moins il en fait, mieux il se porte. Il joue aux jeux vidéo, et il attend qu'on l'appelle pour tapoter un papier. A l'inverse, il y a le hardcore pigiste (je pense par exemple à Xavier, qui se reconnaîtra), qui, en plus de s'intéresser à beaucoup beaucoup de choses, est un puits de science dans son domaine. Et pour arriver à un tel résultat, il bosse, il pratique une veille intensive, va de site en site sur le net et farfouille pour dénicher des infos. Ainsi, le bon pigiste est consciencieux, s'intéresse à ce qui se passe, connaît les grands rendez-vous, bref, il bosse à fond sa thématique. Dans tous les cas, le taf de pigiste (en tous cas chez Micromania) c'est de répondre aux demandes de son rédacteur en chef lorsque celui-ci le contacte pour tester tel ou tel jeu, et éventuellement de lui proposer des sujets, des dossiers, tout ce qui peut enrichir le site. Pour les tests, ce dernier lui remet le cahier des charges à respecter, lui donne une deadline (une date de rendu du texte), et vérifiera que le papier est correctement argumenté. Je me souviens du reste que mon rédac'chef me disait (vis à vis de l'argumentation) qu'il lui fallait dans l'article tous les éléments nécessaires pour répondre aux éventuelles remarques de l'éditeur si celui-ci appelait pour se plaindre de la note qu'on lui avait mise. En gros, ne pas porter un jugement dans un test sans l’argument. Dire que c’est bien, mauvais, pénible etc. ce n’est pas suffisant, il faut encore dire pourquoi c’est le cas, et surtout bien l’expliquer…
  • 3) Comment es-tu passé de pigiste à attaché de production chez Viacom, notamment pour les émissions MTV Buzz et Game One Buzz ?
  • En fait c'est très simple. Lorsque j'étais pigiste chez Micromania, j'étais aussi pigiste pour Game One (à cette époque, Game One faisait encore des tests de jeux vidéo). Et il s'avère qu'à un moment donné, Game One (chaîne qui appartient au groupe Viacom) a lancé plusieurs recrutements. Et comme j'étais « déjà » là, au bon endroit et au bon moment, j'ai pu devenir salarié de Viacom. Comme j’avais des affinités avec le cinéma, que je connaissais le jeu vidéo et que je n’écrivais pas trop mal, on m'a proposé de travailler sur l'émission Buzz. Au départ, je devais m’occuper simplement de la partie jeux vidéo. Cependant, Fethi Maayoufi, le responsable de l’émission, avec qui je m’entends particulièrement bien, m’a confié de plus en plus de choses, y compris des interviews d'acteurs à l'occasion de la sortie de certains films. Opportunités qui m’ont permis de serrer la grosse et puissante paluche de Stallone par exemple. Pour résumer, quand tu es « dans » un groupe, c'est plus facile de se diversifier, de tester de nouvelles voix car tu es informé des nouveaux projets et postes à pourvoir avant tout le monde, et ce fut le cas pour moi.
  • 4) Tu as écrit des émissions particulièrement connues, comme celles de Retro Game One. Quels sont, pour toi, les critères d'une émission réussie ?
  • Je pense qu'il y en a deux. Et c'est drôle parce que tu vas voir que Marcus et moi avons un raisonnement opposé là-dessus. Donc pour moi, le premier critère, c'est qu'il faut partir de soi. Tout du moins c'est mon cas.
    Je fais passer l'émission par moi pour ensuite la rendre aux téléspectateurs. Alors que Marcus, dès le départ, est généreux, il pense d’abord aux « petits zamis » pour ensuite se focaliser sur lui. C'était du reste un point sur lequel on se prenait régulièrement mais gentiment la tête ! Exemple : sur Retro Game One, il y avait généralement 4 plateaux. Et moi j'aimais bien installer un truc sur le premier plateau, en reparler dans le second, ne plus en parler sur le troisième, pour finalement en faire la chute sur le dernier. Et Marcus n'aimait pas cela, car il considérait que
    quelqu'un qui prenait l'émission en cours n'allait rien comprendre ou se sentir exclu ; alors que moi, à l'inverse, je considère que le plaisir doit se mériter, et qu'ainsi il s'adressait à ceux présents depuis le début. En plus, l’émission est tellement rediffusée que ça donne une « replay value » ma méthode ;)
    Alors je ne sais pas s'il y a une vérité là-dedans, mais pour moi l'émission réussie doit d'abord me faire plaisir, pour ensuite faire plaisir aux autres. Au moins, comme ça, je suis sûr de faire plaisir à au moins une personne plutôt que de risquer de faire chier tout le monde.
  • 5) [Instant PUB] : Dans quels prochains projets allons-nous avoir le plaisir de ressentir ton empreinte ?
  • Avec Julien Tellouck, nous avons écrit une série de quatre petits bouquins sur la culture geek qui sortent en janvier 2016. Ils portent respectivement sur Star Wars, Game Of Thrones, les super héros et les jeux vidéo. Sans se prendre la tête nous donnons, avec le plus de déconne possible, les grandes lignes de chacune des
    thématiques pour celles et ceux qui n’y connaissent rien et pour les autres aussi… (en gros le cadeau idéal pour tes parents ou ta copine ;) ). J'ai aussi un projet de jeu de société (sous forme de jeu de cartes) avec Marcus mais … je ne peux pas en dire davantage car rien n'est signé pour le moment ! Il y a aussi une
    web série en travaux mais ça reste au stade de l’écriture pour l’instant… ça commence à peine…
  • 6) Quelle est, d'après toi, l'importance du « réseau » (au sens « contacts / connaissances ») lorsque l'on souhaite effectuer un changement de carrière dans l'univers du jeu vidéo ?
  • Pour moi, l'importance du réseau se fait sentir dans tous les métiers. C'est la base … Cela fait dix ans que j'exerce dans les métiers du jeu vidéo, et tout ce que j'ai pu faire, c'est par l'intermédiaire de mon réseau. Je peux avoir des qualités d'écriture en tant que pigiste, pour autant, lorsque l'on a fait appel à moi, c'est bien souvent parce qu'un pote m'a recommandé à la bonne personne, ou parce qu'à telle soirée, j'ai serré « les bonnes mains ». Et cette dynamique de réseau est très vraie dans un univers aussi petit que celui du jeu vidéo. Donc le réseau est primordial, même si d'après moi, il prend le pas sur beaucoup de choses … il y a un bon nombre de personnes qui ne sont pas forcément compétentes à leur poste, mais qu'on laisse en place parce qu'elles connaissent bien untel ou untel. Mais ça c'est un autre débat :)
  • 7) Enfin, le conseil du Chef : En quoi les contraintes légales, telles que celles du CSA, ont elles un véritable impact sur ton activité créative ?
  • En fait, à partir du moment où, comme nous le sommes, tu évolues dans l'univers télévisuel, tu es soumis à un certain nombre de règles, notamment celles du CSA. Mais pour ma part, je ne m'en suis jamais préoccupé « en amont », c'est à dire que j'ai toujours fait les choses, et une fois faites, on regardait si oui ou non elles pouvaient passer à la télé. Et pour le savoir, nous avons des personnes à la programmation qui connaissent toutes ces règles par coeur et dont c'est le métier de vérifier si oui ou non les émissions sont conformes. Donc comme indiqué dans la question 4, je pars du principe que la création doit être très intime, très personnelle, et partir de toi. A mon sens, il faut s’attacher à créer de la façon la plus intime possible, car c’est ce qui fera la différence avec le reste des créations, c’est ce qui va la rendre unique. Après seulement, d’autres personnes dont c’est le métier tâcheront de faire en sorte qu’elle réponde aux normes. Plus que les contraintes du CSA, il faut se soucier de trouver les bonnes personnes à qui s’adresser. Si tu écris un documentaire sur le cheval, ce n’est pas la peine de perdre ton temps et ton énergie auprès de MTV, par exemple… La cohérence, c’est la base, s’assurer de l'adéquation entre sa création et le public auprès duquel elle va être diffusée … ensuite, d'autres prendront le relais pour répondre au mieux aux règles du CSA !