Jessica Rossier – Co-fondatrice de Wardenlight Studio

  • 1) Tout d'abord Jessica, peux-tu nous présenter ton parcours ?

  • Je suis originaire de Suisse, j’ai commencé par faire des études aux Arts Appliquées de Genève dans la section Multimédia. J’ai très vite voulu devenir indépendante alors que j’étais encore étudiante mais dès que l’occasion s’est présentée, j’ai commencé à prendre des boulots freelances dans la photographie et le développement de site internet. À cette même période j’ai rencontré Bastien (mon mari aujourd’hui) qui était mon voisin de classe. Nous étions tous deux passionnés par le cinéma et surtout le métier de concept artist.

    Vers la fin de nos études Bastien à reçu une proposition d’emploi chez Ubisoft Montpellier. Çe n’était pas dans le cinéma mais l’occasion était trop belle pour refuser. Nous nous sommes donc lancé à l’aventure et avons quitté notre belle contrée Helvétique.

    Bastien étant sous contrat à Ubisoft, j’ai de mon côté fondé ma première boîte « Jess Studio » en tant qu’auto-entrepreneur. J’ai peu à peu diminué mes boulots de création de site internet pour me lancer dans le concept art, jusqu’à pouvoir en vivre. Les missions et les contrats s’enchaînaient les uns après les autres et au bout d’un certain temps, nous voulions nous lancer un nouveau challenge. Créer notre compagnie à deux était devenue une évidence et c’est là qu’est né Wardenlight Studio.

  • 2) Wardenlight Studio a collaboré avec des supers productions, comme The Elder Scrolls Online, Call of Duty Black Ops III, ou encore Darksiders III. Comment fonctionne généralement le process de sélection des studios « AAA » lorsqu'ils sélectionnent des prestataires ?

  • Il y a une dizaine d’années les forums et les blogs faisaient fureur auprès de la communauté des digital artists. C’était donc souvent sur ces sites que les productions allaient chercher leurs artistes.
    Aujourd’hui des plateformes spécialisées sont mises à disposition pour notre métier.
    Pour vous donner un exemple: ArtStation propose une galerie personnalisée où l’on peut poster nos artworks en ligne et également avoir un espace où vendre ses propres tutoriels, brushes, etc. Les productions de leur côté ont la possibilité de poster des offres d’emploi qui sont directement relayées en news mail vers les artistes.
    Lorsqu’une production à besoin personnel créatif, elle va éplucher les artworks sur les plateformes comme ArtStation jusqu’à trouver les styles correspondant à ses attentes. C’est pourquoi il est important d’avoir une galerie homogène pour ne par créer de confusion auprès de celui qu’il la regarde.

  • 3) Dans ce genre de collaborations, quel est le cadre posé par le mandant ?

  • Cela dépend des missions et à quel moment nous intervenons dans la production.
    Si c’est au commencement et que rien n’a encore été créé, nous recevons alors un descriptif des plans à réaliser sous forme de texte très souvent accompagné d’images de références de la scène à imaginer. En revanche si l’étape visuelle est déjà bien avancée, nous recevons des concept arts déjà réalisés par une équipe d’artistes et nous devons soit les perfectionner soit créer la suite de l’univers ou les étapes manquantes.

  • 4) Quels moyens sont mis à disposition afin de vous permettre de vous immerger dans un univers encore tenu secret par les créateurs ?

  • La plupart du temps nous signons une NDA lorsque nous commençons une production, c’est une procédure standard dans l’industrie. Cela nous permet de recevoir les informations de la mission, sans que cela soit un risque pour le mandataire mais quoi qu’il en soit, nous avons rarement le scénario complet de l’univers. Néanmoins nous recevons toujours un pitch sur la scène à illustrer et une bible graphique qui représente le style et l’ambiance ainsi que les éléments que nous devons créer, c’est le minimum d’information requis.

  • 5) [Instant PUB] : Quel est le prochain challenger de Wardenlight studio ?

  • C’est toujours un plaisir de développer des univers variés et plus fous les uns que les autres mais après 10 ans d’expérience dans le développement visuel pour les productions externes, il était temps pour nous de sortir notre propre IP. Nous avons donc commencé le développement d’un jeu vidéo sur smart phone et tablette en collaboration avec un autre studio et sa sortie est prévue pour 2019.

  • 6) Qui sont les interlocuteurs avec lesquels Wardenlight Studio échange dès lors que vous devenez prestataire ?

  • Je dirais que c’est souvent le chef de projet, réalisateur ou le DA, qui fait le premier pas pour prendre contact avec notre studio, mais à nouveau cela dépend souvent de la taille de la production en charge du projet. Plus les productions sont grosses plus il y a d’intermédiaires entre les créatifs, à quelques exceptions près bien sûr.

  • 7) Enfin, le conseil du Chef : Beaucoup d'artistes indépendants désirent mettre leurs talents au service de grosses productions. Quel est le chemin le plus rationnel, d'après toi, pour y arriver ?

  • Avec Bastien nous avons l’habitude de donner des MasterClass et une question de la part de nos étudiants revient souvent « où avons-nous le plus de chance de trouver du travail, dans la 3D ou la 2D, dans l’environment design ou the character design, etc.? ». Nous restons convaincus que dans cette industrie, que cela soit dans le cinéma ou les jeux vidéo il y a de la place pour tout le monde et pour chaque statut. Mon message à tous les artistes: créez, faites des artworks personnels, faites vos propres projets, partagez-les, faites-vous remarquer grace à eux et vous finirez par vous faire engager pour ce que vous aimez faire.

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